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13/01/2009

Seul dans le noir

« Et ce monde étrange continue de tourner » Rose Hawthorne.

 Le dernier roman de Paul Auster « Seul dans le noir » est le récit d’un homme immobilisé par un accident de voiture qui se raconte des histoires de guerre durant une nuit d’insomnie. Cet homme, c’est August Brill, critique littéraire, âgé de 72 ans qui habite chez sa fille Miriam, 47 ans et sa petite-fille, Katya âgée de 23 ans. Sa femme est morte l’an dernier. Le mari de sa fille l’a quittée il y a cinq ans et l’ex-fiancé de sa petite-fille a été tué. Paul-Auster-Seul-dans-le-noir-Actes-Sud_img_234_199.jpg

Ce sont des âmes en peine, blessées. Nuit après nuit, Brill reste éveillé dans l’obscurité et invente des histoires qui se passent dans d’autres mondes, dans des univers fabuleux. Comme celle d’une guerre civile qui se déroule aux Etats-Unis en 2007. Les méchants Fédéraux dirigés par un certain George W. Bush sont opposés aux Indépendantistes. Pour mettre fin à ce conflit, Owen Brick doit tuer August Brill qui a inventé cette histoire (une fiction élaborée à travers une structure en miroir qui laisse un peu le lecteur sur sa faim).

Si le narrateur abandonne un moment son imaginaire romanesque, il rumine ses souvenirs personnels : la maladie de sa femme, son divorce et celui de sa fille. Le cinéma également envahit son esprit, comme la théorie des objets inanimés dans La grande illusion de Renoir ou dans Le voleur de bicyclette de De Sica. Il se souvient aussi d’une histoire racontée dans un restaurant bruxellois par un ancien éditeur qui avait passé sa jeunesse en Belgique et s’était ensuite installé en France (Hubert Nyssen ?). auster_1.jpgAvant de passer à table, l’éditeur avait montré au narrateur une fontaine qui se trouvait dans une petite cour au bout d’un passage. Au bord du bassin, une naïade en bronze. La femme qui avait servi de modèle avait été la professeure de littérature de l’éditeur. Arrêtée pendant la guerre en 1942 et internée dans un camp, elle fut condamnée à mort et… écartelée (Où se trouve cette fontaine à Bruxelles ? Qui est cette femme ?).

 Dans la seconde partie du roman, Katya rejoint son grand-père au milieu de la nuit. Depuis la mort de son ex-fiancé, Titus, elle ne dort plus. Même s’ils étaient séparés depuis plusieurs mois, elle pense que c’est à cause d’elle qu’il est parti en Irak comme chauffeur de poids lourd pour une entreprise. Il a été enlevé à Bagdad et exécuté par ses ravisseurs.

« Seul dans le noir » est un roman très sombre qui aurait pu s’intituler « Les cauchemars américains de Paul Auster ». Une funèbre excursion dans le passé et le présent, qui nous parle de la mort, de la maladie, des séparations, des guerres, de l’Amérique de l’après-11 septembre. Les personnages ne croient guère en l’avenir. Très peu d’espoir à travers ces pages. Paul Auster, sexagénaire, se pose-t-il des questions sur sa propre « vieillesse » ? Deviendrait-il lui-même bientôt grand-père ? Quand il a écrit ce roman en 2007, il ne pouvait pas savoir qu’en novembre 2008, les Américains allaient se réveiller et élire comme président, Barack Obama. Une nouvelle naissance pour l’Amérique et… le rêve américain ?

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